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Val-fouzon Un peuple de moutons finit par engendrer un gouvernement de loups où les pires gouvernerons.

Un monde agricole

Jehan
De l'évolution à la révolution au désastre

De l'évolution à la révolution au désastre

Que sera l’agriculture de demain ? Pour qui pour quoi et comment !

     Je ne vous ferai un cours d’agronomie, ni de politique agricole face à la mondialisation mais, tenter d’expliquer l’évolution du monde agricole dans lequel nous vivons même si nous n’y faisons guère attention.

     Chacun d’entre nous a ou avez dans sa famille un agriculteur et puis de se demander à qui est-elle destinée et de se poser la question qu’est-elle devenue depuis le début du 20 ème siècle.

     Avant la  guerre de 14-18, l’agriculture avait peu évolué depuis le moyen âge. Très peu de mécanisation, des variétés endémiques, une commercialisation locale, un stockage sur le lieu production ne couvrant pas plus d’une année de consommation et évidemment une exportation inexistante. Il suffisait de subir un dérèglement climatique, même léger, pour que le pays subisse des famines sur tous les territoires.  Pendant cette horrible guerre les femmes remplacèrent les hommes partis au combat et c'est sur elle que reposer en partie  la production agricole. Après l’armistice de nombreux hommes ne sont pas revenus de cette boucherie entraînant un manque de main d'œuvre important. C’est à cette époque que l’on peut dire que l’agriculture a fait sa première mutation. La reconstruction a vu naître une industrie agricole avec la modernisation des matériels existants et l’arrivée des premiers tracteurs  des Etats Unis ainsi que les premiers engrais de synthèse.

    A la fin de la seconde guerre mondiale les besoins alimentaires furent énormes. Notre pays fût complètement dévasté, toutes les infrastructures de production en partie détruites y compris dans le monde agricole. Les stocks et le cheptel était tel qu'il a fallu de nombreuses années pour les reconstituer. Souvenez-vous des tickets de rationnement qui perdurèrent jusque dans les années 50.

     La France à cette époque avait une agriculture familiale et traditionnelle. La surface moyenne des exploitations étaient d’une quarantaine d’hectares, voire moins, selon les régions et faisait vivre une dizaine de personnes en comptant grand parent petits enfants, ouvriers et saisonniers. Les revenus dégagés n’étaient pas terribles, mais suffisaient à faire vivre chichement toutes ces personnes. Je me souviens et il n’y a pas si longtemps, du côté de Montenoison, (petite région dont je suis originaire) des exploitations d’une dizaine d’hectares n’étaient pas rares. Ces exploitations ont disparu il y a une quarantaine d’années.

       Une partie de la surface de l'exploitation était réservée à l'élevage traditionnel sur des prairies, l'autre en culture de céréales fourragères, orges, avoine, des betteraves et des légumineuses telles que la luzerne et trèfle, une autre partie réservée à la culture du blé pour la meunerie locale, permettant de faire entrer des liquidités par l'achat de produit improductible sur l'exploitation.

     La rotation des cultures était pour l'essentiel, la luzerne, le trèfle. Ces plantes ayant la propriété de fixer sur leurs racines, l'azote de l'air et l'emploi des matériels relativement légers limitant leurs empreintes sur les sols.  Ces têtes d'assolements et une mécanisation légère, permettaient de maintenir les sols biologiquement stables. Ces petites unités étaient pratiquement en autosuffisance, mais ne permettaient pas les investissements qu'imposait la modernisation.

     Une anecdote qui en dit long sur le soin que devaient apporter les agriculteurs du 19 ème siècle aux terres qu'ils avaient en fermage. Il était inscrit sur les baux que « les terres devaient être conduites en bon père de famille ». Cette citation semble quel que désuète de nos jours.

    Dans d’autres régions Françaises, suite à de nombreux remembrements, les terres disponibles virent à manquer et l’on vit dans notre région de nouveaux exploitants agricole venus de ces régions, s’installer. Rachat des petites exploitations, de nouveau remembrement durant de nombreuses années, pour arriver aujourd’hui à ce que nous connaissons.

     Ces nouveaux migrants de Beauce, du nord de la France et de Belgique insufflèrent sur notre petite région un vent nouveau dans la façon de conduire une agriculture moderne. Les céréaliers, riches de leurs expériences et de l’arrivée de matériels et du développement de l’agrochimie, bouleversèrent notre agriculture traditionnelle. L’élevage par contre reste aux mains des éleveurs de notre région, mais suivront l’élan de la modernisation.

     A cette époque le raisonnement était simple. Produire "coût que coût". Les terres arables n’étant pas extensives, il était impératif d’augmenter la production pour faire face à la demande et aux investissements consentit. La course à la productivité a nécessité l’utilisation d’engrais et de produits chimiques à outrance, de l’irrigation, tirant sur les nappes en augmentant de ce fait la concentration des nitrates sur des terres filtrantes. Le département de l'Yonne en est un exemple édifiant.

     Les doses étaient surévaluées dans tous les domaines, elles permettaient de faire des profits non négligeables pour les coopératives et le négoce sans bien entendu se soucier des conséquences. Le fait de polluer les nappes phréatiques, de mettre la santé des consommateurs en jeu, de détruire la biodiversité, de pratiquer des façons culturales inadaptée à la stabilisation des sols, peu importe il faut produire avec l’encouragement de l’Europe, des États, de l’industrie agroalimentaire, de l’agrochimie, des banques, des organisations professionnelles, des marchands de matériels et j’en oublie.    

     Petite phrase célèbre du ministre de l’agriculture Edgard Pisani qu’il a regretté bien plus tard mais, qui en dit long sur l’état d’esprits de l’époque.

« S’il faut faire des œufs carrés nous les feront. »

     Les résultats ne se firent pas attendre. De 35 à 40 qx hectares dans les années 50, puis de 60 et 70 qx dans les années 80 et aujourd’hui il n’est pas rare de dépasser les 100 à 110 qx et plus. L'utilisation des engrais, des insecticides, des fongicides, des raccourcisseurs de paille et bien d’autres produits, sans compter sur l’évolution des variétés, ont permis de faire des moissons à fort rendement de plus en plus courtes et de plus en plus tôt. Dans les années 70 la moisson commencer après le 14 juillet et finissait fin août. Aujourd’hui les moissons commencent première semaine de juillet et elles se terminent pour l’essentiel à la fin du mois.

     Tous ses efforts ont permis à la France, d’être un des premiers pays exportateurs de produits agroalimentaires, mais à quel prix. Nous commençons tout juste à évaluer les méfaits de la production intensive sans oublier les dégâts dramatiques occasionnés dans l’agriculture pastorale des pays importateurs.

     Forte de toute cette technicité, l’agriculture d’aujourd’hui est face à une échéance écologique et éthique, qu’il faudra résoudre. Des associations de consommateurs, des organisations mondiales tirent la sonnette d’alarme en expliquant qu’il n’est plus possible de continuer ainsi. Le bol alimentaire de l’homme occidental coût de plus en cher à produire alors qu’un homme sur trois ne couvre pas ses besoins journaliers et sera bientôt dans l’impossibilité de s’auto-alimenter.

   Des exemples quotidiens nous en font la démonstration. Depuis peu d’autres événements interviennent. La spéculation, les biocarburants, la location de terre " d’état à état " qui cache en réalité l'utilisation des ressources hydriques des pays loueurs avec toutes les conséquences que nous connaissons et bien d’autres dérives qui éloigne du but premier de l’agriculture : nourrir l’ensemble des populations là où elle est, avec les moyens qui lui sont propres dans le respect de ses traditions alimentaires.

     Où est la solution dans l'orientation de l’agriculture ? Des pistes, des essais, des réflexions, des prisses de conscience. Il y a des solutions qui vont satisfaire tel et tel groupe dans tel et tel branche d'activité, est-ce suffisant ? Bien sûr que non.

     Pour nous Européens, la technicité, les surfaces agricoles nous les avons. Il nous suffit de changer notre mode d'alimentation pour que la demande influe sur la production.  Les aides Européennes devront être à la hauteur de la mutation souhaitée, que les législations s'harmonisent, que les produits soient effectivement contrôlés, aussi bien de la manière de les produire que sur leur qualité.

     La déréglementation des marchés nous a démontrés une nouvelle tendance ; la spéculation sur les produits alimentaires de base entraînant de forte variation des cours.

     Tous ses changements ne se feront pas sans grincement de dents que ce soit dans la restructuration du monde agricole que sur les prix des produits commercialisables. La Commission Européenne a un rude travail et de nombres débats restent à faire pour refondre globalement la PAC.  Il ne s'agit plus d'une guéguerre Franco-Européenne entre tel et tel label mais bel et bien d'une reconsidération de nos pratiques agricoles Européennes.  Il n'est plus possible de pratiquer un protectionnisme via les subventions, vis-à-vis des pays émergents.

    Il est important de souligner que le FMI et la Banque mondiale ont d’énormes responsabilités dans la crise alimentaire mondiale.  Ils ont recommandé aux gouvernements du Sud de supprimer les stockages qui servaient à alimenter leur marché intérieur pour les mettre à disposition des exportations des blés Européens subventionnés. Cette pratique à flux tendu  augmente le risque d'inflation des cours du marché local en cas de rupture approvisionnement.

     La Banque mondiale et le FMI ont poussé les gouvernements du Sud à supprimer les organismes de crédit public aux paysans et ont poussé ceux-ci dans les griffes des prêteurs privés (souvent de grands commerçants) ou des banques privées qui pratiquent des taux usuriers.  Cela a provoqué l’endettement massif des petits paysans, que ce soit en Inde, au Nicaragua, au Mexique, en Égypte ou dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne.

     Selon les enquêtes officielles, le sur-endettement qui touche les paysans indiens sont la cause principale du suicide de 150 000 d’entre eux au cours des dix dernières années. C’est un pays où précisément la Banque mondiale s’est employée avec succès à convaincre les autorités de supprimer les agences publiques de crédit aux agriculteurs en échange de nouvelle technologie. Et ce n’est pas tout : au cours des 40 dernières années, la Banque mondiale et le FMI ont aussi poussé les pays tropicaux à réduire leur production de blé, de riz ou de maïs pour les remplacer par des cultures d’exportation (cacao, café, thé, bananes, arachide, fleurs…). Enfin, pour parachever leur travail en faveur des grandes sociétés de l’agro-business et des grands pays exportateurs de céréales (en commençant par les États-Unis, le Canada et l’Europe occidentale). Ils ont poussé les gouvernements à ouvrir toutes grandes les frontières aux importations de nourriture qui bénéficient de subventions massives de la part des gouvernements du Nord, ce qui a provoqué la faillite de nombreux producteurs du Sud et une très forte réduction de la production vivrière locale laissant à la place d'énorme surface en friche.

      Le blé, qui est avec le riz sont les aliments de base, ont subi une augmentation de 100 % depuis le mois de décembre 2010   passant de 140€ la tonne à 290€ entraînant par effet de domino l’augmentation du prix des matières premières grasses. Je vous invite à aller regarder les cours des matières premières alimentaires sur les sites spécialisés et de la bourse de Chicago.

       Les pays les plus sous-alimentés doivent reconquérir leurs espaces culturales. Le droit alimentaire doit inscrire dans les constitutions nationales et internationales aux mêmes titres que celles des libertés de l'éducation et du droit de disposer d’eux-mêmes de leurs ressources

     En l'état actuel de nos connaissances, notre terre est capable de nourrir de 10 à 15 milliards d'hommes. Des techniques avant-gardistes, des hommes déterminés, des politiques ambitieuses, des marchés et des échanges équitables, tout cela, nous savons faire, mais le voulons-nous vraiment.

      Tant que nous verrons, Le French Docteur avec son sac de riz sur le dos, la soi-disant maladie des enfants décharnés, continuera encore bien longtemps à hanter nos consciences. Ces petits ne sont pas des sous hommes ni des animaux, ils sont filles et fils de l'humanité, qui souffrent, d'œdème, de carences en vitamines et en minéraux qui entraîne, anémie, scorbut, rachitisme et au final avant cette mort inéluctable d'autres pathologies infectieuses. Ils auto-cannibalisent jusqu’à la dernière extrémité de leurs vies.

      Cette réflexion  est la conséquence directe de nos pratiques agricoles, de nos échanges commerciaux et de nos stratégies politiques alimentaires.

      Cette phrase d’Henry Kissinger il y a bien longtemps et si présente avec les événements que nous connaissons aujourd’hui :

"- Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez sa population".

      Une manière très réelle de contenir les pauvres par la famine et les maintenir dans l’impossibilité de réagir. Je suis heureux de constater qu’en ce moment certain de ses pays qui vivent dans le dénuement s’insurgent non pas pour des raisons politiques politiciennes, mais réclament simplement le droit de vivre dignement du fruit de leur travail en mettant à bas l’ignoble citation de Kissinger.

      Je n'ose imaginer que des hommes puissent mettre en place une telle politique de soumission  à grande échelle, qu'elle soit planifiée et exécutée sans le moindre remord au nom du profit en organisant un blocus alimentaire sans précédent via les subventions et autres turpitudes.

     Le FMI, la Banque Mondiale, les spéculateurs, les dictatures ont mis en place ce système, permettant insidieusement la mise sous tutelle de l’offre et de la demande et la répartition de la production alimentaire, privant les pays du sud de leur richesse qu’est la terre, nous entraînant inéluctablement vers de nouveaux désastres :  famine, émeutes, répression et migrations vers les pays du nord. Il faut bien comprendre que la famine n’est pas une fatalité. Elle est la résultante d’une désorganisation spéculative.

     L’agriculture est devenue un horrible moyen de pression. Elle est devenue un moyen de chantage en échange de matière première que nous n’avons pas ou peu : gaz, pétrole, uranium et autres minerais précieux qui nous font défaut pour nos technologies de demain. C’est soi-disant du « Gagnant- Gagnant ». Permettez-moi d’être pessimiste.

     Que sera l’agriculture de demain et peut-être même celle d’aujourd’hui ? Une arme comme une autre où il suffit de ne rien faire et d’attendre pour détruire.

Mhers décembre 2008

 

 

 

 

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